Corinne, 60 ans

Tatouée par Lilou Mommers

Dans la salle de bains, lorsque j’observe ces fleurs qui me parent de mille pétales, j’ai l’impression de porter un vêtement ancré dans ma peau.

Le cancer m’a touchée trois jours avant mes 50 ans. Comme toute annonce de maladie, ça a été un choc. J’ai eu du mal à accepter les bons vœux de mon entourage et à leur annoncer la nouvelle. L’attente du diagnostic a été longue et difficile, je n'acceptais pas du tout ce qui m’arrivait : c’était comme un train en pleine figure ! Ma situation était d’autant plus particulière que mon cancer est extrêmement rare. Il s’agit d’un carcinome neuroendocrine primitif du sein à petites cellules. L’enjeu était de savoir s’il s’agissait d’un primaire au sein ou d’une métastase. C’était la première solution, ce qui est rarissime. Les traitements ont duré plusieurs mois. On m’a fait une mastectomie, puis une chimiothérapie, et, pour finir, 22 rayons.

 

En me rendant compte de toute l'énergie que ça me prenait, j’ai décidé d’entrer dans la bataille. Il était hors de question de me laisser vaincre par la maladie. Dans ma conception de la vie, l’espoir est toujours présent, et on peut tirer du positif de n’importe quelle situation. J’ai découvert des parties de moi que je ne soupçonnais pas, je me suis reconnectée à moi-même, à ma spiritualité. Ça a été un véritable travail d’introspection, qui m’a aidée à soigner la douleur émotionnelle.

 

J’ai aussi combattu la maladie en lui faisant un pied de nez : j’ai refusé de porter des perruques, des prothèses. J’avais l’impression de toujours braver des interdits. On m’a proposé une reconstruction dès la mastectomie, mais je n’y ai pas prêté attention car l’important était de sauver ma vie. J’avais une image de moi-même totalement destructurée. Ma cicatrice gâchait ma perception de mon corps, et j’avais des difficultés à me tenir droite. Mes douleurs me ramenaient toujours à la maladie.

 

On m’a enlevé l’autre sein par précaution. J’étais « à plat », avec mes deux cicatrices. Selon les critères de cette société, je ne ressemblais plus à rien. Mais moi, je me sentais toujours féminine. Aux yeux de mon entourage et de mon mari, j’étais toujours la même, mais il me manquait quelque chose.

 

J’ai toujours été attirée par le tatouage, mais avant la maladie, j’avais toujours une appréhension. D’autant plus que mon mari n’aime pas vraiment les tatouages. Un jour, pendant une visite à l’ATELIER D’éco SOLIDAIRE, j’ai découvert un stand d’informations de l’association Sœurs d'Encre, qui est partenaire de la recyclerie. Ça a été une évidence ! J’étais convaincue que le tatouage allait me sauver, me reconnecter à moi-même, agir comme un habillage.

 

J’étais très attirée par le floral donc j’ai tout de suite su ce que je voulais. Ma tatoueuse a parfaitement su retranscrire ma demande. Dès le tatouage terminé, j’ai eu l’impression de l’avoir toujours eu tout en découvrant une autre partie de moi. C’était comme si je me reconnaissais. Je me suis redressée physiquement, alors que j’étais arrivée voûtée, refermée sur moi-même.

 

Dans la salle de bains, lorsque j’observe ces fleurs qui me parent de mille pétales, j’ai l’impression de porter un vêtement ancré dans ma peau. Le cancer ne m’a jamais appartenu, je ne l’ai pas choisi, alors que j’ai choisi mon tatouage. La maladie m’a permis d’aller jusqu’au bout de moi-même et d’oser des choses que je n’aurais peut-être pas faites. Depuis mon tatouage, je me sens plus libérée et j’ai envie de le montrer !


Retranscription du témoignage par Mélissa Castillon.