Marie-Laure, 58 ans

Tatouée par Odré tattoo

Le tatouage m’a rajouté quelque chose que je n’avais pas perdu, a révélé ma féminité.

On m’a déclaré la maladie il y a dix ans, j’avais 48 ans. On voyait un kyste liquidien à l’échographie, donc on me l’a enlevé, il faisait plus de 4 cm ! La chirurgienne l’a envoyé à l’analyse sans être inquiète, mais elle m’a rappelée trois jours plus tard pour m’annoncer que j’avais un cancer triple négatif. Quand elle m’a convoquée, je ne me suis pas posé de questions, j’étais déjà dans le déni. Je ne m’attendais pas du tout à cette annonce et elle m’a rendue très triste. Les larmes coulaient sans arrêt, mais en silence.

 

On m’a enlevé les ganglions, mais ils n’étaient pas touchés. Puis, on m’a fait une chimio et une radiothérapie. J’étais dans le combat. Je voulais rester debout, continuer à promener mes chiens, etc. Je ne me posais pas de questions, j’étais dans le déni total de la gravité de la maladie. J’ai appris bien plus tard ce qu’est le cancer triple négatif, quand j’ai été prête à entendre les choses.

 

La maladie nous fait faire un bond en avant psychiquement, mais un bon en arrière physiquement. J’avais encore mon sein mais on m’en avait enlevé un gros morceau. Il était assez carré, je n’arrivais pas à l’apprécier. J’avais déjà un problème avec ma féminité avant le cancer, et il a accentué les choses. Je ne me regardais plus. J’étais très mal.

 

Je n’aurais jamais pensé me faire tatouer. Avant la maladie, j’étais plutôt « anti-tatouages ». Ma fille voulait se faire tatouer depuis de nombreuses années, et c’était un sujet de tensions, un combat entre nous. Je ne comprenais pas le tatouage, j'étais persuadée qu’elle allait faire une bêtise. Quand elle s’est fait son premier tatouage, je l’ai trouvé très beau, bien réalisé. J’ai trouvé qu’il lui correspondait. Ça a été un déclic, une évidence. J’ai compris qu’on ne se faisait pas tatouer par hasard, mais par besoin, que ça fait partie de nous.

 

Une amie m’avait déjà parlé de Rose Tattoo, mais je n’avais pas réagi plus que ça. Un jour, un copain qui travaille à Bergonié m’a dit en plaisantant que je devrais me faire tatouer une tête de dragon, étant donné que je pratique le dragon boat. Sans réfléchir, j’ai dit « oui ». Je suis allée à la réunion d’information et j’y ai rencontré ma tatoueuse Odré. Là encore, ça a été une évidence. Quand on est au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes, on ne se pose aucune question.

 

Le jour de la séance, j’étais très contente et excitée. Je savais que j’allais faire quelque chose d’important. Je n’avais pas peur de la douleur. Je n’ai pas eu mal mais j’étais fatiguée, car le tatouage a duré cinq heures. J’ai adoré ce moment, c’était inoubliable. J’ai senti que la réparation physique et psychique passait par le tatouage. J’étais heureuse d’être là, d’entendre la machine, de voir ma tatoueuse travailler. Elle est très intuitive, elle a su m’écouter et comprendre ce qu’il me fallait.

 

Quand je me suis vue dans la glace, je me suis redressée, j’ai bombé le torse. J’ai ressenti un bonheur pur et intense. J’étais belle. Cette chose qui était si laide depuis des années était devenue une merveille. Je me trouvais même encore plus belle qu’avant l’opération. Le tatouage m’a rajouté quelque chose que je n’avais pas perdu, a révélé ma féminité. Je ne voyais plus la mutilation mais la beauté artistique. Ça met du baume sur les souffrances. J’ai choisi le tatouage, je n’ai pas souffert.

 

Le tatouage fait partie de la construction de la personnalité. Je n’en suis toujours pas lassée, et je ne m’en lasserai jamais. J’en prends soin quotidiennement pour qu’il reste le plus beau possible le plus longtemps possible.


Retranscription du témoignage par Mélissa Castillon.