Sandra, 49 ans

Tatouée par Quokelune

Ce cancer nous prive d’un atout féminin, et le fait de me faire tatouer des endroits un peu sexy me permet de retrouver ma féminité.

A 46 ans, j’ai eu un carcinome canalaire micro-infiltrant. C’est une tumeur qui traverse les parois pour envahir le tissu mammaire voisin. Au bout de trois interventions, on m’a enlevé le sein et reconstruit avec une prothèse. Je me suis laissée guider par ma chirurgienne, jusqu’au moment où j’ai préféré arrêter les interventions chirurgicales : pour retrouver un sein parfait, les chirurgies esthétiques ne se terminent jamais vraiment.

 

Rien de ce qu’on pouvait me proposer ne me convenait : on m’a proposé d’intervenir esthétiquement sur mon autre sein, ce qui était inenvisageable. Il était aussi possible d’utiliser un morceau des lèvres vaginales pour recréer un téton, ce qui était trop invasif, touchait trop à ma féminité. Je n’ai pas vraiment besoin d’un mamelon, sa présence ou non m’importe peu.

 

La Covid a aussi freiné les choses, car ce n’était plus considéré comme des interventions de première nécessité, les chirurgies étaient donc assez espacées, ce qui m’a permis de réfléchir. La reprise de mon travail m’a fait me sentir à nouveau dans la « vraie vie », m’a permis de ne plus être centrée sur la maladie.

 

J’ai découvert Sœurs d'Encre sur Instagram, grâce à d’autres femmes qui ont vécu la maladie. En voyant les photos, je me suis dit « c’est ça qu’il me faut ! ». J’ai pris contact avec Quokelune qui fait un travail fin, magnifique, qui me correspond, et après une longue discussion sur mon projet, j’ai eu mon tatouage !

 

Ce tatouage, c’est une renaissance, il m’a rendu ma féminité. C’est la finalité, belle et positive, de tout ce que j’ai vécu avant. Je ne suis plus malade, c’est terminé. Il a gommé l’asymétrie de ma poitrine, je ne vois plus que mes jolies fleurs. Lorsque j’étais malade, mon compagnon ne m’a jamais regardée différemment, mais aujourd’hui je vois dans ses yeux qu’il me trouve encore plus belle qu’avant. J’ai pris plus d'assurance car je me sens moi-même plus jolie, j’ai plus confiance en moi du point de vue de ma féminité.

 

C’était mon premier tatouage, je n’y avais jamais pensé avant, et maintenant j’ai envie d’en faire plein d’autres. Je voudrais le rendre encore plus grand, pour qu’il soit visible. Ce cancer nous prive d’un atout féminin, et le fait de me faire tatouer des endroits un peu sexy me permet de retrouver ma féminité.


Retranscription du témoignage par Mélissa Castillon.