Un tatouage de clôture


Aline, 46 ans

Grâce à ce dessin sur ma peau, la maladie est derrière moi

Aline a d’abord vu son tatouage en rêve. Par le talent d’Odré, il est devenu réalité. Cette intervention tant espérée a été déterminante pour tourner la page.

 

Une nuit, pendant mon sommeil j’ai eu l’image d’un livre d’où sortaient des plantes et j’ai su que ce motif viendrait orner ma peau. Sur mon dos, il y a désormais un moineau qui s’échappe d’un haïku, petit poème japonais, en suivant la tige de fleurs magnifiques. Des roses et des pivoines. J’aime l’expressionnisme, l’aquarelle, la nature : ce tableau met un point final à mon histoire avec le cancer. La maladie m’a été annoncée fin 2014, j’avais une petite boule sur le dessus du sein. Ce nodule a été enlevé par l’aréole mais le diagnostic suivant n’était pas bon, la tumeur s’était étendue. J’ai été ré-opérée. Je n’étais pas prête pour l’ablation mais après un nouveau contrôle négatif, il a bien fallu que je l’accepte. Ma chirurgienne s’est montrée très à l’écoute, elle a réalisé simultanément une masectomie et une reconstruction par prélèvement lombo-dorsal. C’est cette cicatrice qui traverse mon dos que j’ai voulu camoufler par le tatouage. En lisant Rose Magazine, j’avais découvert qu’aux Etats-Unis des projets de tatouages artistiques après cancer du sein voyaient le jour. J’avais déjà un tatouage et j’étais très motivée par l’idée d’en refaire un pour tirer un trait sur cette période.

 

Une étape décisive pour aller au bout de la guérison.

Lorsque les travaux des tatoueuses ont été mis en ligne sur le Facebook de la Maison Rose, j’ai consulté tous leurs books. Rapidement, l’univers d’Odré m’a attirée : avant même la réunion où nous nous sommes rencontrées physiquement, c’est elle que j’avais choisie ! J’ai pris l’avis de mes trois filles, c’était indispensable pour moi, et deux d’entre elles m’ont accompagnée le grand jour. Le fait qu’Odré tatoue en free hand ne m’a pas inquiétée. Elle m’a mise à l’aise tout de suite : elle travaille en musique, mène la conversation, s’adapte aux suggestions qu’on peut lui faire en cours de route, commente son œuvre à voix haute, c’est étonnant ! La séance a été douloureuse au moment où l’aiguille est passée sur la cicatrice et sur les côtes. Sur le sein lui-même, je n’ai rien senti. Quoi qu’il en soit, c’est supportable et on l’oublie vite. Après ce tatouage, j’ai pu me réapproprier mon corps et envisager une dernière transformation : repulper mon sein et reconstruire le téton manquant…

Odré

Cette expérience a été une véritable cure d'émotions

Odré s’est montrée omniprésente durant la Semaine Rose Tattoo. La belle tatoueuse s’est consacrée à Marie-Laure et Aline mais elle a également mis son énergie au service de tout le groupe.

 

"J’ai perdu Maylis, ma meilleure amie, d’un cancer du sein. Mon engagement auprès des femmes qui ont surmonté cette maladie est un hommage, je voulais honorer sa mémoire. J’ai pris une semaine de congé pour pouvoir être sur place à la Maison Rose même les jours où je ne tatouais pas. Ça avait du sens pour moi et ça m’a fait du bien. Aline et Marie-Laure m’avaient choisie toutes les deux lors de la constitution des binômes tatoueuses-tatouées. Elles m’ont exposé leurs souhaits et nous nous sommes vues ensuite chez Crab Tattoo à Pessac où je travaillais à ce moment-là. Je leur avais demandé de m’apporter des documents, des pistes, des sources d’inspiration, des choses qu’elles aiment bien, qui les touchent… Pas forcément des images ou des motifs de tatouage mais plutôt des fragments de leur univers personnel. J’ai besoin de ressentir les personnes pour ensuite laisser parler mon feeling !

 

Une spécialité : travailler les cicatrices, remodeler les volumes. Je fonctionne à l’intuition, je peux produire des styles très différents, couleurs, aquarelles, beaucoup de réalisme, des grosses pièces, du japonais aussi. J’aime la nouveauté, je ne fais jamais deux fois la même chose. Je me suis spécialisée dans le recouvrement. Je travaille en free hand, sans dessin de base, sans calque. Mais là, pour rassurer Aline et Marie-Laure, je leur ai proposé une esquisse, ce que je ne fais jamais ! J’utilise la cicatrice pour la mettre en valeur, m’en servir, en faire un objet qui participe à la beauté du tatouage et à son mouvement. C’était la première fois que j’intervenais sur des femmes après un cancer et je suis prête à recommencer bénévolement à tout moment, pour toutes celles qui le souhaitent."


S’il n’y avait pas eu la Semaine Rose Tattoo, j’aurais attendu 2 ou 3 ans de plus pour me donner cette chance. J’ai gagné tout ce temps !

Mon côté artiste et esthète qui aime améliorer les choses est rassuré : mon magnifique tatouage cache ma grande cicatrice dorsale.

J’aide les femmes à tirer un trait sur le cancer, j’accompagne un changement, et je vois le bonheur dans leurs yeux.