Un tatouage de renaissance


Christiane, 73 ans

“ Avec ma fleur de lotus, je dis non à la vieillesse ”

Douze ans après son opération, la doyenne de la Semaine Rose Tattoo a exorcisé la maladie entre les mains expertes de Céline.

Un choix audacieux et salvateur. “ Il fallait que je relève la tête et que je pense enfin à moi ! J’ai subi une ablation du sein droit en 2004. Aussitôt après, mon mari est tombé malade à son tour. Je me suis oubliée, je n’ai pas envisagé de reconstruction, ce n’était vraiment pas le moment. Je me suis consacrée à René qui est décédé huit mois après mon opération. Ensuite… le temps a passé… Je me suis lancée dans une relation sentimentale et elle a été compliquée, j’ai eu de grandes déceptions. Ça a été dur. Coup de stress et déprime, alors j’ai eu cette idée : pourquoi pas un tatouage ? Je me suis dit que j’allais enfin m’accorder une faveur, une attention destinée à moi seule. Je voulais quelque chose d’intime, pas trop important ni trop visible. Je suis menue, je ne porte pas de décolleté et je ne souhaitais pas l’afficher.

Une affirmation de soi radicale !

En octobre 2016, par le bouche-à-oreille et par mon réseau amical, j’ai eu vent de l’événement Semaine Rose Tattoo. Je n’ai pas hésité ! Je savais ce que je voulais : un motif zen, en lien avec le yoga que je pratique chaque semaine, un symbole de sérénité après toutes mes désillusions. Lorsque j’ai rencontré Céline à la Maison Rose, j’ai remarqué qu’elle avait une magnifique fleur de lotus sur le bras. Je venais de trouver ma tatoueuse ! Elle m’a fait une première proposition, simple et colorée. Son dessin m’a plu aussitôt. Je me suis posé la question de la douleur mais tout s’est bien passé. Après la séance, j’étais fatiguée mais tellement contente…Le résultat correspond totalement au projet imaginé. Et finalement, j’ai décidé d’afficher mon tatouage dès que l’occasion se présente. Aux beaux jours, je le dévoile le plus possible ! Au club senior, cela a provoqué la surprise, des réactions, des commentaires… j’assume totalement !

C’est mon premier tatouage, ce sera le seul et il clôture mon histoire avec le cancer.


 A la belle saison, je ne crains pas de laisser apparaître mon tatouage, je le revendique complètement . Et tant pis pour ceux que ça dérange !

Céline, 42 ans

“ Pour moi aussi, c’était la première fois ”

Céline, l’une des deux artistes de Fantasy Tattoo à Langon, n’avait jamais tatoué une poitrine mutilée. Une expérience inédite, pleine de tendresse…

 

“ J’ai perdu une tante d’un cancer du sein et une de mes cousines maternelles a fait deux récidives. C’est en pensant à ces femmes de ma lignée que je me suis engagée sur la Semaine Rose Tattoo. Je voulais aider, avec mes propres moyens, d’autres personnes atteintes par cette maladie qui a touché les membres de ma famille. Il fallait que je leur rende hommage, que je puisse défendre la cause, participer à une évolution. Je suis tatoueuse depuis 5 ans. J’ai eu une autre vie auparavant, qui n’avait rien à voir avec mon métier actuel ! J’étais animatrice en gymnastique pour jeunes enfants, et je dessinais en autodidacte, juste pour le plaisir. Je connaissais Juliette, un jour je suis passée la voir travailler au studio Fantasy Tattoo. Elle tatouait son homme, avait beaucoup de travail et cherchait quelqu’un à embaucher. De mon côté, je n’étais pas tatouée, j’avais peur de faire souffrir, je reproduisais des dessins, des personnages… Pourtant j’ai accepté la proposition, et c’est comme ça que tout a commencé !

Le même lotus sur la peau…

J’ai eu connaissance de la Semaine Rose Tattoo par Juliette qui était en lien avec Nathalie Kaïd dont nous étions allées voir l’expo-photos “Aux seins de la vie” sur la poitrine des femmes. J’ai été embarquée ! Lorsque Christiane est arrivée à la Maison Rose pour la rencontre entre tatoueuses et futures tatouées, on s’est attirées l’une l’autre … On était toutes les deux dans notre coin et la connection s’est faite en toute évidence et en douceur. J’ai un lotus, symbole de la famille, sur le bras. Il faisait beau, je portais un top sans manches et mon tatouage était très visible. Christiane m’a bien observée et m’a rapidement exposé son idée : elle aussi voulait une fleur de lotus, au-dessus de sa cicatrice. J’ai effectué une recherche d’images et quelques jours plus tard, je lui ai envoyé le dessin. Elle a juste revu le positionnement et la couleur, pour le reste il n’y avait aucune modification ! Le grand jour est arrivé et nous avons réalisé ce projet qui nous a entraînées dans une vraie découverte, pour elle comme pour moi. ”

Je ne pouvais pas imaginer tatouer une femme ayant subi une masectomie, qui plus est sans reconstruction du sein. Christiane m’a offert cette rencontre avec elle et avec moi-même.