Un tatouage de délivrance


Laura, 31 ans

“ Sans la Semaine Rose Tattoo, je n’aurais pas pu franchir le cap ”

Méluzine, 43 ans

“ On a eu beaucoup de chance ! ”


La jeune femme, tout juste maman, a rencontré sa fée Méluzine. Et de son aiguille magique, la tatoueuse lui a rendu sa féminité…

“ Quand je me regardais dans la glace, je voyais ma maladie. Tout cela a été effacé. Ce n’est pas oublié mais je vais pouvoir me focaliser sur autre chose que mes seins. Je ne pouvais plus supporter cette image, même dans l’intimité ou face à mon mari. Je suis restée deux ans sans aller à la plage, sans décolletés, sans petits tops ! J’ai été atteinte d’un cancer du sein à 26 ans, ma mère venait d’être emportée par cette même maladie. Juste avant son décès, j’ai eu un grave accident de voiture. Je n’ai pas pu lui dire adieu, j’étais hospitalisée. J’avais passé auparavant une mammographie qui montrait une grosseur bénigne. A la suite de ce choc, elle est devenue maligne…

Une nouvelle poitrine pour un nouveau départ

Après tumorectomie et chimio, j’ai dû accepter en 2015 l’ablation des deux seins pour éviter une récidive. J’ai choisi une reconstruction par des prothèses en silicone mais j’ai eu beaucoup de mal à accepter cette poitrine, sans mamelon et avec de nombreuses cicatrices. Et puis enfin, la nouvelle que je n’espérais plus est arrivée, je suis tombée enceinte juste après la dernière intervention ! J’ai eu une magnifique petite fille en juillet 2016.

 

Quelques temps après, sur Facebook, je suis tombée par hasard sur le compte-rendu de la première réunion d’information qui avait eu lieu à la Maison Rose. La Semaine Rose Tattoo allait démarrer début octobre mais j’ai attendu une semaine avant d’appeler.

 

Et j’ai rencontré Méluzine la tatoueuse !

Je ne voulais pas recouvrir toute ma poitrine, je souhaitais seulement un ornement pour cacher mes cicatrices. Je lui ai fait entièrement confiance, finalement elle a réalisé un motif assez volumineux sur chaque côté.

 

Aujourd’hui, je ne regarde même plus mes seins. Une véritable délivrance ! ”

Après toutes ces années terribles, j’avais déjà envisagé le tatouage mais son coût me retenait.

Avec Méluzine, je me suis sentie tout de suite à l’aise, ça n’aurait pas été le cas avec un homme.

Son shop à Villenave d’Ornon s’appelle “ Histoires d’encres ”. Avec plus de vingt ans de métier, Méluzine a une expérience plurielle… mais aucune comparable à celle de la Semaine Rose Tattoo !

Le plus important pour moi, c’est le fond du tatouage, pas seulement la forme. C’est ce qui se perd aujourd’hui dans notre milieu professionnel. Face aux femmes fragilisées par le cancer, la dimension profonde du métier peut s’exprimer. On accompagne la grande métamorphose. Elles ne subissent plus, elles décident. Leur parcours m’a terriblement touchée, voilà pourquoi ça m’a fait autant de bien ! Lorsque j’ai commencé il y a 22 ans, le tatouage était un monde exclusivement masculin, j’ai mis du temps à faire ma place. Mon combat : ne pas objectiver le vivant, me rendre disponible à la réparation après une maladie ou un deuil, permettre à mes clients de franchir un cap en se réappropriant leur corps. Et mettre la relation humaine au centre du projet, ne travailler qu’avec une seule personne par jour : c’était exactement l’esprit de la Semaine Rose Tattoo ! 

Un rendez-vous écrit par la vie…

 

Avec Laura, nous nous sommes trouvées sans nous chercher ! Nous étions toutes les deux retardataires sur l’événement, nous n’avons pas vécu les étapes de présentation collective à la Maison Rose. Mais entre elle et moi, ça a collé tout de suite d’une façon incroyable ! Nous nous sommes vues dans ma boutique, et comme par hasard ses envies étaient dans le droit fil de mon style : des roses et de la dentelle, des motifs ultra-féminins. J’ai réalisé un dessin bien abouti sur sa prothèse pour qu’elle vive avec pendant plusieurs jours, et pour pouvoir le modifier en fonction de son ressenti. Il y a dix ans, j’ai tatoué le mamelon d’une femme opérée d’un cancer du sein. Pour Laura, il s’agissait d’embellir sa poitrine reconstruite. Je voulais la magnifier, rééquilibrer les volumes sans pour autant cacher les imperfections.

Vivement la suite !

Laura s’est donnée entièrement, en toute confiance. A la Maison Rose, à la fin du tatouage, elle était très belle, pleine de vie. Qui plus est, les douleurs et les complexes que lui infligeaient ses seins depuis des semaines avaient disparu ! Je lui ai tatoué le deuxième sein chez moi quelques semaines plus tard. Les femmes qui ont surmonté le cancer méritent un traitement de faveur, j’estime que certains privilèges leur sont dus. J’ai hâte de recommencer, et de travailler en équipe pour la prochaine édition de la Semaine Rose Tattoo !"


Ça y est, j’ai ressorti mes robes bustiers, on dirait que je porte un soutien-gorge de roses et de dentelle, c’est magnifique et thérapeutique !

Les conditions d’accueil de la Maison Rose, son ambiance féminine et lumineuse ont permis d’allier le travail de création et le vrai sens du tatouage.