Un tatouage de résilience


Laurence, 45 ans

“ Pour mettre quelque chose de beau à la place du laid ”

Laurence n’avait jamais envisagé le tatouage après son cancer du sein. L’affiche annonçant la Semaine Rose Tattoo a provoqué son envie immédiate. Un déclic réparateur !

“ Ça faisait presque huit ans que je vivais avec cette cicatrice, je la voyais tous les jours en évitant de la regarder. J’ai été opérée d’une tumeur au sein gauche en novembre 2008. Mes enfants étaient petits, ce n’était pas facile. J’ai eu l’impression qu’il fallait tourner la page rapidement. Après la chimio-radiothérapie-hormonothérapie, j’ai participé à un programme expérimental qui s’est déroulé de 2010 à 2015. J’avais pris l’habitude de consulter la page Facebook de la Maison Rose. Lorsque j’ai découvert la belle image en noir et blanc qui illustrait l’annonce de la Semaine Rose Tattoo, je suis tombée en arrêt. J’ai vu quelque chose de joli et très délicat. C’est vraiment ce qui a déclenché ma décision. La complicité avec Ambre la tatoueuse a été tout à fait naturelle. J’ai feuilleté son book, j’ai bien accroché sur un tatouage atypique, noir, contrasté. Et elle, je l’ai trouvée gaie, enthousiaste. J’ai rapidement choisi un motif végétal et Ambre a réalisé sur place une petite ébauche à partir de mes repérages.

Magie de la confiance…

Je voulais quelque chose de joyeux, créatif, un tatouage qui évoque la liberté. Je voyais sa forme, son mouvement. J’y ai pensé tous les jours entre notre première rencontre à la Maison Rose et le moment tant attendu, dans un état à la fois d’excitation et d’appréhension. J’avais peur de la douleur. Le résultat est incroyable, c’est exactement ce que j’avais imaginé ! La psychologie et l’intuition dont Ambre a fait preuve ont été les clés de cette réussite. Mon tatouage représente une branche feuillue (je tiens à cette précision !) qui couvre la cicatrice sur le côté, passe sous mon sein et revient sur le devant de ma poitrine. Les réactions de mon entourage ont été unanimes. Mon fils de 10 ans, ma fille de 12 ans, ma mère, une très bonne amie, tous sont tombés d’accord pour dire qu’il est tout simplement génial ! ”

Ambre, 26 ans

“ Je n’avais encore jamais eu l’occasion de vivre un tel moment dans mon métier ! ”

La benjamine des tatoueuses a montré son art de l’écoute et son talent auprès de Laurence. Sa présence quotidienne tout au long de la semaine a fait souffler un vent de fraîcheur à la Maison Rose.

“Je voulais participer à la Semaine Rose Tattoo du début à la fin, pas seulement le jour de mon intervention ! Avant le début de cette expérience incomparable, nous nous étions toutes réunies pour que les participantes puissent choisir leur tatoueuse. Les books circulaient, on donnait quelques précisions. Bien évidemment, c’était à chacune des femmes de décider. Je les voyais toutes mais il y en avait une en particulier qui attirait mon attention, je la regardais, je la voulais ! C’était Laurence. Quand elle est venue vers moi pour me dire que je serai sa tatoueuse, j’étais vraiment contente. Je fonctionne à l’intuition, je suis une éponge. En regardant la personne, on sait déjà un peu qui elle est. C’est le côté psy de notre métier. C’est aussi très agréable d’écouter, de pouvoir avoir accès à la vie des gens. Leurs histoires me passionnent même si j’ai parfois un peu trop d’empathie. Je prends souvent les émotions en pleine face.

Gratuité et liberté d’expression

A la Maison Rose, j’ai beaucoup appris des femmes qui ont traversé la maladie. Avec elles, pas d’apitoiement, on avance, et on rigole ! Pourquoi m’être engagée ? Pour aider celles qui en ont besoin, mais aussi pour nous sortir de notre quotidien. Je suis devenue tatoueuse à 18 ans et professionnelle depuis presque trois ans. C’est rare de pouvoir faire à cent pour cent ce que l’on aime. J’ai cette chance, alors je me nourris, j’apprends en permanence. C’était la première fois que je tatouais sur le thème de l’après-cancer, et ça m’a fait du bien à moi aussi. Et puis le fait de travailler bénévolement m’a libérée, m’a détendue. Il n’était pas question d’argent, il n’y avait aucun enjeu financier entre Laurence et moi. Juste le bonheur de réaliser un tatouage qui lui ressemble. C’est aussi pour ça qu’il est très spécial. ”


Je me suis sentie isolée pendant ma maladie. La Semaine Rose Tattoo permet de parler du cancer autrement, de libérer le traumatisme. De le transformer et de le partager.

J’étais déçue que l’aventure s’arrête, c’était tellement intense ! L’après-midi où j’ai tatoué côte à côte avec Odré reste un grand souvenir. On a beaucoup ri !