Un tatouage de compagnie


Marie-Laure, 50 ans

“ Il me ressemble et m’accompagne ”

 Marie-Laure réfléchissait depuis deux ans à un tatouage pour recouvrir ses cicatrices. Mais elle attendait une vraie rencontre : Marv à la Maison Rose a été la bonne personne, au bon endroit !

“ Après mon premier cancer du sein à 40 ans, puis une récidive à 47 ans, après les phases successives d’opération et de traitement, ma fille souhaitait que j’accepte une reconstruction. Mais je n’en voulais pas : d’une part, cette nouvelle intervention était risquée, d’autre part je n’aime pas ce terme de reconstruction. Une de mes sœurs est décédée d’un cancer du côlon. Moi, la maladie ne m’a pas détruite, elle m’a construite autrement, m’a donné d’autres outils pour continuer. En revanche, j’étais tout à fait partante pour me faire tatouer et j’y pensais depuis un bon moment. Malgré tout, ça me dérangeait de rentrer chez un tatoueur, de lui confier ma poitrine d’une façon anonyme. J’avais besoin d’une relation humaine particulière. Il fallait que je trouve la personne capable d’inscrire ce geste irréversible dans un contexte, que ça prenne sens. Ce sont les coïncidences de la vie qui m’ont finalement dirigée vers la Semaine Rose Tattoo… J’ai plongé !

La force du symbole

Je voulais relier mes deux seins, ne pas les isoler l’un de l’autre. Le motif de la fleur s’est imposé mais il fallait que ce soit une fleur inattendue, une plante qui résiste, qui ne se laisse pas faire. Je voulais également une forme graphique, stylisée, molléculaire, une sorte de satellite. Avec Marv, nous avons échangé des photos, des noms de plantes, des esquisses. J’ai choisi la fleur de sureau. Elle a la souplesse et la puissance des graminées, le côté warrior des fleurs de ville, capable de pousser sans terre, même sur le bitume. Qui plus est, elle possède des vertus anti-cancérigènes. Au début, je voulais un petit tatouage. Et puis non ! J’ai écouté mon envie et en réalité, je désirais qu’il existe, qu’il prenne sa place. Je suis très contente du résultat. Ce n’est pas celui que j’avais imaginé et heureusement !

Marv, 37 ans

“ Pour Marie-Laure, j’ai eu le trac comme avant de monter sur scène ! ”

Marv est une artiste singulière : elle tatoue, elle danse, elle défie la gravité sur une corde. Ses multiples talents se ressemblent et s’assemblent dans son travail de création.

“ Le tatouage est la synthèse entre le corps, le mouvement, le dessin. Il se compose de ces différentes disciplines auxquelles s’ajoutent le rituel et le soin. J’ai longtemps cherché ma vocation à travers diverses expériences, les arts appliqués, le théâtre, et même la vie de marin skipper ! Parallèlement à mes activités de cordiste, je travaille depuis deux ans en tatoueuse professionnelle chez « 2 filles en aiguilles » à Bordeaux. J’aime le côté émotif de ce métier et le fait de participer à un changement dans le parcours des personnes qui viennent à moi. Il s’agit de répondre à quelque chose au plus proche de leur vie, de révéler ce qu’il y a dans leur tête. Cette dimension était encore plus forte lors de la Semaine Rose Tattoo. Pour mon intervention sur Marie-Laure, j’ai eu un trac terrible, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé.

Des sensations de haute voltige

Tout au long de cette semaine très spéciale à la Maison Rose, l’esprit des lieux diffusait un mélange de douceur et d’attitude guerrière. On était en présence de phénix ! Avec Marie-Laure, nous nous sommes connectées tout de suite, on a senti qu’on se ressemblait. On s’est écrit pendant un mois avant l’événement. Nous avons échangé des dessins, des photos, des discussions. D’autres binômes ont eu besoin de contacts visuels et physiques. Nous, nous avons établi une véritable correspondance. En arrivant à la Maison Rose, j’étais intimidée, j’appréhendais la médiatisation, la rencontre avec mon milieu professionnel… Il fallait se montrer digne de ces instants exceptionnels. Très vite, l’émulsion de groupe a provoqué un effet puissant. Se mélanger aux autres tatoueuses a permis de créer du lien et de montrer le meilleur de son art. Et puis, une fois que j’ai commencé à tatouer, tout le stress s’en est allé ! J’ai passé la séance à chanter en travaillant à l’aiguille très fine, un plaisir que je n’avais pas connu depuis longtemps. J’ai savouré la beauté du moment. Et la satisfaction de Marie-Laure a été ma meilleure gratification !


Après exérèse et tumorectomie, le tatouage a été un nouvel acte définitif effectué sur mon corps. Mais celui-là, je l’ai totalement choisi !! 

Je n’ai pas fait ce tatouage contre quelque chose mais pour moi. Ni rébellion ni provocation, il a été un rituel, un passage initiatique.

Bienveillance, écoute et régénérescence : voilà les mots-clés qui ont ouvert les portes du salon de tatouage installé à la Maison Rose.