Cécile, 49 ans

Tatouée par Faber Biancaluna lors de Rose Tattoo 2022

Mon cancer a été diagnostiqué quand j’avais 35 ans. Etant donné mon âge et les micro-calcifications présentes dans mon sein, on m’a tout de suite parlé de mastectomie. J’envisageais à ce moment-là d'avoir un enfant. La chirurgienne m’a assuré qu’après la chirurgie il n’y aurait rien d’autre, que je pourrais donc envisager une grossesse très vite. 

Toutefois, une fois mon sein enlevé et la prothèse mise, on m’a annoncé que je devais faire une chimio préventive. Je suis partie pour une chimio de six cures suivie de cinq ans d’hormonothérapie. Ça a été arrêté au bout de trois ans pour permettre ma grossesse. J’ai pu avoir un enfant. 

 

On m’a reconstruite en même temps que la mastectomie. J’étais jeune, je n’envisageais pas de n’avoir plus qu’un sein. Le geste opératoire s’est bien passé mais la prothèse était trop large et me gênait. On m’avait bien dit que ça ne serait pas un sein mais j’ai tout de même été déçue. Au niveau psychologique, c’était dur. Les solutions proposées pour avoir comme un faux téton étaient, selon moi, grotesques. C’était simplement faire semblant. L’absence de téton était très difficile à vivre. Je disais d’ailleurs pendant longtemps avoir un sein aveugle car il manquait quelque chose. J’ai désormais une prothèse plus souple, esthétiquement plus adaptée et meilleure pour ma santé.

 

Je ne sais plus à quel moment j’ai pensé au tatouage artistique. Je pense que ce qui m’a mise sur la piste c’est un site internet d’une femme qui n’avait plus de cheveux et qui avait laissé ses amis artistes peindre sur son crâne. Elle avait utilisé son crâne nu comme une toile. Je trouvais que c’était bien plus que se sortir de la maladie, c’était se transformer en œuvre d’art. 

 

Il y a trois ou quatre ans je suis tombée sur le site de l'association Sœurs d’Encre. J'ai fait la demande pour Rose Tattoo à ce moment-là mais il y a eu le Covid. J’ai attendu parce-que je voulais participer à l’évènement avec les autres femmes. 

 

L’expérience m’a conquise. Pour moi c’était important de faire ces rencontres avec des femmes qui se font tatouer aussi bien à 40 ans qu’à 71 ans. Je n’avais pas d’appréhension sur le rendu final car j’ai eu un suivi privilégié avec Faber. Je me suis vraiment sentie bien avec elle. Au niveau de la douleur, j’étais rassurée par l'insensibilité de ma prothèse et par le cadre. Le fait de ne pas être seule aide énormément, c’est la force de groupe.

 

Je pensais qu’en voyant mon tatouage j’allais fondre en larmes mais ça n’a pas été le cas, probablement parce que j’ai reconnu ce que j’ai vu. L’émotion viendra sûrement plus tard. Au moment de la découverte du rendu final, c'était simplement de la gratitude, de la fierté et de la joie que je ressentais. Je suis encore très touchée par les tatoueuses présentes et par l’association,je ne suis pas encore seule avec moi-même, je pense que ça joue. 

 


Interview et retranscription du témoignage par Loïcia Lima.